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  Faune et flore
 



« Une oasis dans le désert de la civilisation », telle est la métaphore qu’inspira l’île de Fuerteventura à Miguel de Unamuno. L’écrivain mettait en évidence la caractéristique physique première de cette île qui, sèche et presque exclusivement minérale, est le Sahara des îles Canaries (quoique le courant marin froid qui la baigne la refroidisse). Un charme indéniable émane de cet univers déshérité de sable et de scories, planté en plein milieu de l’Atlantique et frangé de blanc par le ressac. Malgré la rudesse de son climat , l’île accueille de nombreuses espèces animales et végétales. Comme les autres îles de l’archipel, sa flore est composée d’un mélange d’espèces méditerranéennes, américaines et africaines (avec une nette prédominance de ces dernières).
 
Flore
 
Le végétal le plus étrange de l’archipel, assez répandu sur Fuerteventura, est un survivant de l’ère tertiaire, le dragonnier (Dracaena draco). Sec et noueux, le tronc de cet arbre peut atteindre une hauteur d’une vingtaine de mètres. Ses branches irrégulières, tordues et fourchues sont couronnées de longues feuilles d’un vert foncé, en forme d’épée. Son écorce était utilisée jadis par les Guanches pour façonner leurs boucliers; la sève, ou « sang-de-dragon » (car elle vire au rouge au contact de l’air) leur servait à composer certains onguents et à momifier les morts (elle possède en effet de puissantes vertus hémostatiques). Bien plus tard, les grandes dames vénitiennes utilisèrent ses propriétés cosmétiques pour teindre leur chevelure en blond-roux.
 
Les agaves, si nombreux, sont originaires d’Amérique Centrale. Ils ont longtemps été cultivés pour les fibres de leurs vastes feuilles charnues et épineuses, à partir desquelles on tressait des cordes. La plante, parfois haute d’une dizaine de mètres, meurt après la floraison, qui survient au bout de huit à seize ans.
 
Les palmiers dattiers (Phoenix Dactylifera) , les palmiers des Canaries (Phoenix Canariensis) aux petits fruits ligneux non comestibles, sont très nombreux.  Ils sont la matière première d’une important activité artisanale : les fibres permettent également de confectionner des nasses pour capturer les poissons, des paniers destinés au chargement des ânes et des dromadaires, ainsi que des moules à fromages ; une espèces locales de palmiers, de forme trapue, possède des feuilles pennées qui, disposées en éventail, sont très utilisées en décoration.
 
Le figuier de Barbarie (Opuntia ficus indica) fut ramené du Mexique par Colomb. Cette plante grasse pourvue d’épine forme de redoutables haies. Les Majoreros (habitants de Fuerteventura) y élevaient, au siècle dernier, des colonies de cochenilles dont ils tiraient un colorant rouge. Sa commercialisation atténua, un temps, leur pauvreté. A partir des plantations qu’ils avaient aménagées, le figuier de barbarie s’est répandu sur toute l’île et, au printemps, ses grandes fleurs jaunes jettent des taches de couleur sur le gris des paysages.
 
Le figuier de barbarie n’est que l’une des « succulentes » (plante dont la chair est gorgée d’eau) qui prospèrent sur le sol rocailleux de l’île, comme l’euphorbe candélabre. Cette dernière, reconnaissable à ses tiges charnues en forme de colonnes, produit un suc laiteux vénéneux utilisé par les Guanches, qui le dissolvaient dans la mer pour tuer les poissons.
 
Lorsque les conquérant débarquèrent sur l’île, ils découvrirent que les Guanches consommaient une plante herbacée qui croit dans les terrains salés, la salicorne. Beaucoup plus tard, on s’aperçut que la cendre obtenue par incinération de ce végétal contenait une forte proportion de soude, une substance alcaline alors utilisée dans la fabrication du verre. La salicorne s’est raréfiée, car peu de plants échappent à la voracité des chèvres.
 
Les plantes à fleurs d’origine indigène sont rares. Là où l’eau douce ne fait pas défaut et permet l’irrigation, comme dans certaines villes de l’intérieur ou dans les stations balnéaires, la profusion de fleurs d’agrément importées prouve que la terre est fertile. Hibiscus, poinsettias, bougainvilliers, camélias et géranium géants se détachent sur le vert des palmiers et des pins. Le laurier-rose, une plante venue d’Afrique, pousse un peu partout, du lit desséché des gorges aux jardins d’agrément des villages touristiques. Ses fleurs jettent des notes roses, rouges, jaunes et blanches (attention : la plante est toxique). Quant à l’étonnant Strelitzia, il vient d’Afrique du Sud. Cette plante, éminemment reconnaissable, possède de grandes fleurs jaune et bleu qui ressemblent à des oiseaux, d’où son nom de fleur-perroquet. Dans les palmeraies, quand les agriculteurs ne cultivent pas des tomates, ils ont planté de petites bananeraies, où croissent de délicieuses bananes naines, originaires de Cochinchine. Les premiers bananiers ont été importés aux Canaries au XVIème siècle. Contrairement aux apparences, le bananier n’est pas un arbre, mais une « plante herbacée et arborescente » (Petit Robert), dont la croissance dure approximativement un an, période au terme de laquelle apparaît le fruit. Il faudra ensuite six mois à ce dernier pour mûrir ; après, la plante meurt.
 
Le littoral est le domaine de l’orseille, un lichen rouge jadis utilisé par les Phéniciens pour ses propriétés colorantes. Il couvre les rocs et les falaises, tandis que les dunes sont le milieu de prédilection du tamaris, un arbrisseau très commun en Méditerranée, aux branches grêles, aux feuilles minuscules et aux petites fleurs roses en épi.

Faune
 
Les oiseaux sont bien adaptés aux mondes désertiques : ils consomment peu d’eau et une température corporelle élevée leur permet de résister aux très fortes chaleurs. Sur ses 1660 km², l’île abrite, en permanence ou de manière temporaire, près d’une centaine d’espèces d’oiseaux (à titre de comparaison, la France et la Suisse en comptent 360) : 60 sont des migrants, 40 des résidents.
 
On comptent ainsi un nombre impressionnant de buses, de faucons pèlerins, de vautours et de balbuzards. Ils sont les prédateurs (ou les nécrophages) des cailles, des perdrix et des coqs de bruyère qui prospèrent parmi la rocaille. La prolifération de ces dernières espèces est telle que certaines zones ont dû être à nouveau ouverte à la chasse. Parmi les espèces permanentes les plus courantes, il y a encore la huppe, dotée d’une crête érectile de plumes rousses tachées de noir, la colombe, le pigeon, le pinson et le bouvreuil, ainsi que des échassiers tels le bécasseau ou le pluvier.
 
Parmi tous ces résidents, il en est un, petit, au plumage brun olivâtre, d’apparence aussi peu commune que le moineau. Mais dès qu’il ouvre le bec retentit un chant en or. C’est le Serinus canaria (bref, le canari), qui fait entendre ses trilles sur les places des villages ou sur les rares arbres. La livrée de ce minuscule volatile n’a pris une teinte jaune ou orngée qu’après une sélection de plusieurs siècles. Fuerteventura est aussi la patrie de l’Hubara canaria, communément appelé avurtada. Il n’est guère facile à apercevoir, pas plus que les courlis, combattants et bécassines, qui font halte sur l’île au court de leurs migrations. Enfin, on a également vu des flamands roses et des spatules, des cigognes et des huîtriers-pies.
 
Les mammifères représente la minorités des espèces de l’île : les plus nombreux sont les chèvres, qui vagabondent en liberté dans toute l’île, se nourrissant dans les éboulis de touffes de végétation déshydratée ; viennent ensuite les lièvres, les hérissons et les gerboises, introduites dans l’île par des réfugiés du Rio del Oro, dans les années70, lors de la décolonisation.
 
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